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Dossier - Villiers-le-Bel : neuf jours après, la tension règne

Dossier réalisé par Virginie Belle et Oualid Dachraoui, le jeudi 6 décembre 2007 à 05:00

Villiers-le-Bel sera désormais tristement connu pour ses émeutes urbaines. Aujourd’hui, les projecteurs s’en sont allés. Les habitants restent là, inquiets, incertains sur l’avenir… et redoutent le départ des forces de l’ordre.
Il est 13 heures, dans le quartier de la ZAC. A 200 mètres de là, des fleurs fatiguées par la pluie se souviennent de Larami et de Mouhsin, morts onze jour plus tôt. Mots affectueux, photos : amis et proches viennent fleurir les lieux. Partout, ici, la tension est palpable. Une auto-école et un salon de coiffure pansent leurs plaies, des vitrines en ferraille protègent ce qui reste. Tout a été saccagé. Fauteuils, produits, vitres, matériel informatique… Le rideau de la supérette Aldi est désespérément fermé, gris. Le poumon du quartier s’est tu. Dans les commerces, les voix se font timides, on surveille l’entrée pour aborder à demi-mot les proches événements. Quand la porte s’ouvre, on change de sujet. La prudence avant tout. Quelques paroles quand même disent ce que l’on tait. « Ne touche pas ici, c’est un cousin » – un habitant rapporte cette parole entendue un soir d’émeute. Aldi fait cependant figure d’exception, la convoitise a-t-elle été plus forte que la solidarité communautaire ? Allez savoir… Une chose est sûre, les habitants ont peur, angoisse prégnante, forte, visible. « On part bientôt à la retraite, il ne s’est rien passé. Nous n’avons rien vu. » Peur des représailles.

A vendre

Dans le quartier, quelques figures « veillent » sur le quartier. Observation attentive. Devant les commerces, aucun arrêt de bus, aucune cabine téléphonique n’a résisté aux déchaînements de violence. Sur la route, les traces de voitures incendiées collent au bitume. A la sortie de l’école Jean-Macé, les mamans attendent leurs petits. Pour elles, « il faut continuer à vivre, c’est tout ».

A quelques centaines de mètres, dans cette ville désarticulée, incohérente, le supermarché Simply, un peu à l’écart des immeubles. Quand les jeunes ont cassé les vitres du magasin, des clients, des employés étaient dans les locaux, le rideau de fer a été baissé juste à temps. « Je viens travailler la peur au ventre. On appréhende de nouvelles violences », confie une caissière. Partout dans le quartier de la Cerisaie, en haut, et dans celui de la ZAC, en contre-bas, des panneaux « A vendre ». Un habitant nous explique qu’ici deux bandes rivales sèment le trouble dans le quartier. Certains en ont assez, d’autres vendent, ils avaient prévu de partir, ils prennent leur retraite.

Il est 17 heures. Plus loin, dans le quartier de la gare, l’atmosphère change du tout au tout. Un lieu de passage et d’échange. Le pas est insouciant, les clients font tranquillement leurs courses. Une dizaine de magasins exhibent encore leurs vitrines de contreplaqué.

17 h 15, le crépuscule tombe. Les cars de CRS entrent dans la cité. C’est la nuit, l’hélicoptère survole Villiers… pour combien de temps encore ?

 

 


Pendant les deux nuits d’émeute

  • 216 véhicules ont été brûlés, 20 véhicules administratifs saccagés.
  • 41 bâtiments endommagés, 37 privés et 4 publics (2 écoles, 1 commissariat, 1 bibliothèque).
  • 131 blessés parmi les forces de l’ordre, dont un toujours dans un état grave.
  • 62 personnes ont été interpellées au 30 novembre.
  • 26.145 habitants vivent à Villiers-le-Bel en 2005.
  • 107,4 actes de délinquance pour 1.000 habitants recensés dans la circonscription de police de Sarcelles - Villiers-le-Bel. Le taux national est de 88,15 pour 1.000.
  • 25,34 %, c’est le taux de résolution des affaires par la police, contre 34,2 % au plan national.

  


“Quinze ans de travail réduits en poussière”

Pendant ces deux jours d’émeutes, le déchaînement de violence a profondément choqué les habitants. Parmi eux, les commerçants ont payé le plus lourd tribut.

Dans le quartier de la gare, des dizaines de magasins endommagés. La bijouterie pillée, boulangerie, épicerie, café, coiffeur… au tout venant. « Il y a eu un véritable phénomène d’entraînement », explique un commerçant. « Aujourd’hui, l’atmosphère est beaucoup plus pesante. Il y aura des retombées. Les gens ont été révoltés, consternés par la brutalité des événements. Des propriétaires ont déjà mis en vente leur bien et souhaitent partir », explique un agent immobilier de Villiers-le-Bel. « Dans un programme de logements neufs, deux acheteurs se sont déjà désistés. C’est très tendu. Nous n’osons rien dire de peur des représailles. Hélas, c’est une minorité qui menace la paix sociale, qui s’est laissé aller, en pensant dominer la ville. » « On connaissait un groupe de jeunes ultra-violents, mais c’est toujours le jeu du chat et de la souris. Je ne sais pas ce que l’on attend. La solution, c’est un mélange de prévention, de répression et une politique locale bien pensée. Beaucoup de choses ont été faites, mais c’est insuffisant. Il règne ici un fort sentiment d’insécurité, nous explique ce père de famille, sous couvert de l’anonymat. Il faut dire aussi que l’immense majorité des gens ici font tout pour s’en sortir. »

Patience

Comme la bibliothèque et le commissariat, le garage Pétillon a été entièrement dévasté par les flammes. Le propriétaire essaie « aujourd’hui de gérer au mieux la situation. Mais nous n’avons pas beaucoup de visibilité ». La trentaine de salariés continuent de travailler dans la seconde concession du garagiste. « La plupart ont repris leur poste et quelques-uns ont besoin d’une phase de décompression. Je leur laisse le temps de récupérer. » Il doit maintenant s’armer de patience, en attendant les résultats des experts en assurance, « dans six mois à un an ». « Ça fait quarante ans que je fais ce métier. On était installé depuis quinze ans à Villiers. On est très choqué d’avoir travaillé dix heures par jour pour voir notre travail réduit en poussière. Je n’ai pas de réponse face à une telle violence. Maintenant, nous nous tournons vers l’avenir. Nous ne baissons pas les bras. »
La mairie s’est engagée auprès des commerçants à compléter le montant des indemnisations des assurances, afin que les conséquences financières ne soient pas insurmontables pour ceux qui font battre le cœur de Villiers-le-Bel.

 

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Edition France Soir du jeudi 6 décembre 2007 n°19663 page 2

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